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oeils

regards de bric & de braque

… | 28 février 2008


Publié par a-page à 07:53:11 dans ? | Commentaires (1) |

SOMMAIRE | 27 février 2008

Il n'aurait pas fallu s'arrêter. La forêt n'avait plus du tout son aura de ténèbres, les flocons la saupoudraient tellement qu'elle paraissait se dissoudre dans un tas soufflé de pollen géant. Le sol était blanchi. Seules les aisselles des branches restaient sombres et les troncs foncés étaient humides et recouverts de neige face au sens du vent. Mon propre souffle s'accordait à toute cette gamme de pâleur. Il ne fallait pas ralentir, la marche depuis le petit jour avait réchauffé mon corps au point d'être moite malgré la température givrante. Un arrêt aurait glacé cette sueur en un coup de froid rampant et frissonnant. Chaque pas enfoncé dans cette nappe de neige s'enfonçait d'abord tendrement puis crissait presque comme croquer dans une pomme. Le silence rempli de vie glacée étouffait la rythmique de ma respiration. Je n'arrivais pas à vraiment m'inquiéter de savoir où j'allais me reposer, mon avancée dans ce monde transformé me fascinait.

Après que la neige se soit arrêtée de tomber comme des pellicules affolées, la faim commença à se faire sentir. Sans que cela ne soit insupportable: elle correspondait à la récompense de mon avancée. Mon esprit tourna des idées de soupes fumantes que mon estomac fruste gargouillait en cœur. Je devenais une partie de ce grand organisme que je parcourais en silence, ma présence se justifiait comme celles des arbres qui claquaient de temps en temps dans le froid. Je ne pensais plus par le verbe: tout se formulait en langage de cinq sens. Je continuais d'avancer en souriant sans esquisser le moindre sourire, j'étais sûr que mes yeux étaient sombres.

Un arbre épais, couché avait emporté avec ses racines un énorme paquet de terre et formé un trou. Bouclier naturel contre le vent, la neige n'avait pas réussi à s'incruster dans le creux. De plus petits arbres embarqués dans la chute du grand formait l'armature d'une tente bizarre, sans toile. Je ramenai ce fatras près des racines pour faire une paroi éventée et en ponctionner une partie pour le feu.

Adossé à l'imbroglio de racines terreuses, je regardais le feu chauffer la marmite de soupe faite avec de la neige et de mes légumes. Je préparais aussi un thé puis du riz dans la même casserole. Le feu accaparait mon regard tandis que le jour s'enfuyait. Le bois claquait en brûlant et des jets de vapeur fusaient par moments en sifflant. La chaleur se plaquait sur mon visage, je sentais le devant de mon corps se détendre en frissonnant de plaisir, mon dos commençait à s'imbiber de chaleur. Je me mis à manger tranquillement.
Au moment où je me décidais à reprendre du riz et à le mélanger au reste de la soupe, j'entendis des pas. La neige me prévenait. Je détachais le regard du feu et essayait de voir quelque chose autour. Tout était sombre. Mon feu et moi étions sûrement la destination de cette démarche lente et précautionneuse. Je remis du bois dans le feu, des étincelles rousses partirent en tous sens. Les pas arrivaient. Rassis, je me mis à rouler. Quand j'étais sur le point de finir le joint par une lichette, des bottes neigeuses descendirent vers le feu. Elle avait une toque, des mèches qui en sortaient et le nez et les joues rouges. Je lui montrais la soupe et le riz, j'avais fini le thé. Elle prit une timbale et se servit pendant que je mettais son sac à coté du mien pour que nous nous y installions près des racines.

Je ne portais pas de chapeau, elle avait des mitaines et je me souvins que j'avais des gants dans mon sac. Tandis que je la regardais manger, je me demandais de quoi je pouvais avoir l'air à ses yeux. Elle poussa un soupir et sortit du thé d'un sac. Quand l'infusion fut prête, j'allumais le joint. Elle nous versa le thé, je lui passais le joint. Le feu n'avait pas l'air de vouloir diminuer.

Je rouvris les yeux alors que je n'avais pas eu l'impression de les fermer. Des flocons se prirent dans mes cils, je ne sentais plus le froid, j'en faisait partie. Je me mis à cligner les paupières, mollement, mon corps était figé. Pris dans une température aberrante qui ne me donnait plus l'énergie mentale ni physique de bouger, je compris que mes perceptions se mélangeaient à mes souvenirs et à la fin de mes espoirs. En fait, j'étais sur le point de m'endormir, glacé. Je n'avais pas bougé depuis... combien de temps? Aucune idée. Je me remis à divaguer.

Comme dans un sommeil dont on ne se souvient plus, je m'enfonçais dans une mort réparatrice. La vraie, celle dont on ne revient pas et qu'on n'a pas besoin de craindre. Entamer une voie si facile, si tranquille qui pourrait passer pour du sommeil si on pouvait s'en réveiller semblait être une fatalité sans définition. Je me concentrais à nouveau sur l'abandon, je commençais à faire partie de la terre: le vent me passait dessus sans qu'il ne soit ni agréable ni désagréable. Je m'éteignis comme une feuille morte chute: dernière apparence de vie perçue uniquement par ce qui en est encore pourvu.

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NAISU NO MORI: THE FIRST CONTACT- Funky Forest (2005) de Katsuhito Ishii, Hajime Ishimine et Shunichiro Miki | 14 février 2008

Là, c'est toute une suite de séquences de micro histoires qui s'entre-imbriquent les unes dans les autres par des rêves, des intermèdes, des flashbacks, des parenthèses "hors sujet", des contes... Ca part dans tous les sens et cette galerie de moments ou de fantasmes humains caricaturés à l'extrême se répand sur pas loin de deux heures et demie dans un joyeux chaos assez enlevé, rempli de musiques. Des sketchs comiques déjantés des frères Taupe (en japonais dans le texte), les Guitar Brothers aux solos de guitares inoubliables, les mixages sylvo-zarbs d'une soliste qui ressemble à la princesse de San Ku Kaï, les chorégraphies de plage dansées avec des aliens, des cartoons, des escapades en monde de science fiction microscopique avec des paramécies... Ce film dérape de bout en bout à travers les relations tendres d'une femme qui mène son mec par le bout du nez pour s'amuser avec lui, ensemble. Le goût du surréalisme monte au nez dès les premières scènes et la saveur reste sur le bout de la neurone avec des accents de réalisme qui dérapent très suavement.

L'endurance, si on du mal, ou le plaisir de se laisser aller est nécessaire pour aller jusqu'au bout du film. Pas moyen de rester indifférent de rage, d'étonnement ou de plaisir...

On retrouve toute l'équipe de Taste of tea renforcée par un nombre incroyable de déjantés qui nous démontre une fois de plus que les réactions "artistiques" (faut tout classer dans ce monde!) les plus surprenantes et les plus virulentes viennent de l'archipel nippon du soleil levant! Tarkovsky meets Monty Python, un peu d'électro, une pincée de Dali, des bulles, on agite, on secoue, on enfourne et on obtient ce gros gâteau cadeau qui défrise.

Indescriptible. Ne restez pas indifférents, vendez toutes vos actions, lâchez votre job sauf pour le pourrir, matez-moi ce film et rendez-vous à la plage!

Publié par a-page à 08:36:34 dans tribulations pathétiques en terrain cinématographique meuble et autres oasis régénérants | Commentaires (0) |

ALIENS vs RAMBO vs PREDATOR vs REQUIEM IV (2008) de Stallone & Strause | 09 février 2008

A chaque fois que je mate un gros divertissement plein de tunes, je sais pourquoi j'en suis écœuré pour des mois à venir au bout de cinq minutes. Ces films sont tellement prévisibles à tous les niveaux et chiants qu'en faire une vague critique reviendrait à asséner des clichés à des clichés. ZERO, et trop de fric pour être bis!

Publié par a-page à 19:05:40 dans tribulations pathétiques en terrain cinématographique meuble et autres oasis régénérants | Commentaires (0) |

THE TASTE OF TEA- CHA NO AJI (2004) de Katsuhito Ishii | 09 février 2008

Yoshiko, mère de famille travaille chez elle sur un projet d'animation, Akira le grand-père lui file un coup de main. Le père, Nobuo est une sorte d'hypnotiseur, la fille Sachiko assez jeune est souvent dans ses pensées et semble avoir un double d'elle même de la taille d'un immeuble. Il reste le fils, Hajime qui tombe très souvent amoureux et l'Oncle, Haruno qui se repose de son boulot de mixeur. Tout ce petit monde se bat avec ses démons sur une période morcelée en un film délicieux.

Quand un film démarre lentement sur une histoire de famille, on peut s'inquiéter: un truc d'intello ou mièvre à vomir, en tout cas plus efficace qu'un somnifère, le doute s'installe. Dans les trois minutes qui suivent le film imparable se met en place. Sagement décalés, tous les personnages se croisent avec respect et standing tout en étant à la masse dans un morceau de vie banal. La folie ordinaire n'a aucun accent forcé, des quiproquos farfelus, des histoires douces et barrées, ce film est truffé de situations qui agrandissent les mirettes et qui forcent le sourire. C'est mignon, zen, marrant et prenant. Je ne crois pas avoir vu un film avec un tel mélange d'humeurs qui soit en réalité si équilibré. Je ne sais pas si c'est véritablement un chef d'œuvre mais si l'on n'est pas charmé par un film pareil, il vaut mieux vérifier si sa soucoupe volante est mal garée et aller s'acheter par la même occasion de nouvelles plumes pour le turbo solaire.
Certains films arrivent en se servant de l'alibi fantastique (comme d'un contexte) à vous ramener à la triste réalité (nos mœurs, nos lois, nos règles...), ce film fait tout l'inverse: il se sert de l'ordinaire pour révéler le merveilleux du quotidien d'autant plus intense. Il n'y a pas que les extravertis qui existent.
Je ne veux pas entrer dans les détails de l'histoire parce que j'espère que ce sera une surprise pour ceux dont j'aurai excité  la curiosité. J'ai envie d'en parler pendant des heures et en même temps je me refuse de dévoiler quoi que ce soit de cette histoire merveilleuse. C'était comme voir Totoro pour la première fois de ma vie. Vite, attrapez le virus, c'est bon!
 
IL FAUT VOIR CE FILM!
 

Publié par a-page à 18:23:50 dans tribulations pathétiques en terrain cinématographique meuble et autres oasis régénérants | Commentaires (2) |

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