Un jeune type en pleine dépression se shoote aux drogues légales. Sa copine s'est barrée avec un acteur de seconde zone. Ses amis ne lui sont plus d'un grand secours tellement il est parti dans une névrose carabinée. Ses hallus à base de souvenirs confus et glauques, de silhouettes évanescentes qui lui foutent une trouille bleue et ses visions à base de pilules de toutes les couleurs le bercent en un cauchemar perpétuel. C'est dans ce climat de chaos mental et de dérive interne que ce jeune type survit littéralement chaque jour de son existence. Ce mal d'amour étouffant assaisonné d'un passé morbide mal effacé et d'un présent pas du tout reluisant finiront par le faire déraper...
Ce film épileptique à la bande son super efficace secoue la paillasse. Avertissement aux épileptiques et aux dépressifs, passez votre chemin et revenez quand ça ira mieux: parce que c'est un film à voir si on aime le cinema. Les acteurs se la jouent subtils et assurent vraiment. Un comble pour un film qui vient du continent où la culture soap opéra a été inventée et pourrie la terre entière de son maniérisme sinistrement primaire et stéréotypé. Les personnages sont animés de vie, leur gestuelle ne vient pas d'une convention d'arrivistes en devenir, les dialogues claquent et le mal de vivre n'a pas l'air d'être formaté pour vendre des bibles dans des spots de propagandes imbéciles. C'est d'ailleurs un mélange assez audacieux que ce réalisme et cette pointe de fantastique qui ne pourrait s'expliquer qu'avec les pilules magiques (?!). Le traitement des images est assez maniéré ( genre très saccadé, surimpression et filtres couleurs) mais colle parfaitement à l'ambiance sombre de cette petite heure et demie dont pas une seconde n'est de trop. On devine aussi un goût pour l'univers gothique que quelques scènes ne peuvent s'empêcher de révéler avec tendresse. La crise d'adolescence est définitivement passée, on est dans ce qu'on peut appeler un film mature. Les références qui viennent à l'esprit sont du meilleur tonneau: un petit coté Lynch (images), un arrière goût de "Closed Shaved" (son et climat), on peut parler de Cassavetes (jeu d'acteur) mais ce film est en réalité entier en tant que tel. Les comparaisons ne sont pas utiles car Pop Skull est sa meilleure pub. Cela fait longtemps qu'une production ricaine ne m'a pas scotché à mon fauteuil et j'ai ravalé tous mes soupirs de lassitude que je n'avais pas pu m'empêcher de préparer.
Du bon cinéma, vraiment!
Production anti-corporatisme: le sol américain ne supporte pas que des lobotomisés des cinq sens et il y a du putain de talent!
fiel ou miel