| Di | Lu | Ma | Me | Je | Ve | Sa |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 |
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 |
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 |
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 |
| 29 | 30 |
moa né le 42 vagdembre 1176,5 avant Jacquou le Croquant vers 53h02 heure bocale dans une ferme rurale sur la terrasse du 18ème étage sous l'autoroute A7. ai grandit dans un milieu de gladiateurs civils. abandonne les études à 362 ans pour cause d'oubli et entre enfin dans la vie fictive avec un total insuccès.
Depuis que nous sommes dans l'espace avec une réserve d'oxygène de deux heures, mes deux compagnons et moi ressentons une certaine pression quant à la suite des événements. A dériver ainsi dans le noir avec comme seuls repères les lumières de nos casques mutuels, je finis par douter de nos chances de longévité. Depuis que notre charmante copilote nous a malencontreusement "éjectés" de notre vaisseau, je crois que les conversations vont bon train entre notre capitaine et la jolie gaffeuse. J'ai coupé le son de l'altercation. Quand on jette un œil sur les écrans témoins remplis de leurs deux faces écarlates qui suent et pulsent sous leurs casques, on se doute que la passion qui les étreint tous deux est quelque peu houleuse. Les postillons vont bon train et le rythme verbal semble très fébril. C'est étrange comme le vide de l'espace est sombre. Nous sommes "encordés" et nos spots allument des éclats de lumière argentés sur nos combinaisons.
Publié par a-page à 18:45:41 dans CHAPITRES | Commentaires (1) | Permaliens
Les gouttes tièdes, remplies de particules de peinture noire continuent de s'écraser sur mon crâne nu. Ma combinaison déchirée ne m'isole plus. Je commence à sentir la canicule s'immiscer sous la matière synthétique, ma peau s'empare immédiatement de ce petit espace en colmatant de sueur. Ma nuque est rigide. Il faut que je me lève. Mes mains aux articulations blanches, crispées sur le métal de mon arme déchargée semblent s'être vidées de leur sang. Je les sens glaciales, à peine réchauffées par la température ambiante.
Cela fait deux jours que je ne bouge pas de cet endroit. Nous nous sommes écrasés à ce moment-là. J'ai atrocement faim. Je suis adossé à un réacteur détaché de notre vaisseau. J'ai plusieurs côtes cassées ou en tout cas, j'en ai l'impression. Je suis enfermé dans une bulle sonore, un bruit de machine toujours en veille couvre tous les autres sons. Derrière moi se creuse la tranchée de notre atterrissage forcé sur plusieurs kilomètres, les alentours sont parsemés des débris de notre navette. Un grand sillon de technologie éclatée enfoncé droit dans la jungle de cette planète. Je n'ai aucune idée de l'endroit où je suis.
Le ronronnement mécanique du morceau de ce qui reste de notre vaisseau s'affaiblit et la véritable respiration de cette forêt commence à se faire entendre. Des cris déchirants, ondulés bizarrement et des pulsations inquiétantes, des claquements comme des os gigantesques brisés net, des plaintes hachées et hululantes. La peur coupe mon souffle, je tends l'oreille...
Le réacteur s'éteint complètement. C'est comme un brusque changement de température, les sons jusqu'ici partiellement atténués se ruent sur mes tympans et mes nerfs avec impatience. Tous les souffles, mouvements, grouillements se révèlent à moi en même temps que le jour se lève. Le cul enfoncé dans la terre humide depuis quarante neuf heures et vingt sept minutes dans un noir quasi absolu: les ténèbres n'ont pas cessées de m'angoisser au point que je n'ai pas pu fermer l'œil plus de cinq secondes. Pour la première fois, je commence à distinguer ce qui m'entoure. Le jour se faufile partout en allumant une forêt vert-bleu d'une teinte humide d'aube moite. La végétation semble ne pas avoir de limite. Je relève la tête et suis effaré de voir jusqu'où monte la cime des arbres. Ces arbres sont aussi denses que des brocolis géants, les racines sortent de terre et accompagnent le tronc en circonvolutions incroyables jusqu'à la hauteur d'un immeuble de cinq étages. L'épaisseur des troncs ramène les séquoias au rang de jeune pousse d'arbre nain. La mousse rampe comme une forêt normale sur les troncs qui doivent être aussi ample qu'un quartier. J'ai l'impression d'être un insecte. Des feuilles mortes, plus loin forment des dômes où la partie ombrée me fout la chair de poule.
La pluie se met à tomber. Les gouttes frappent tout en descendant vers moi. Je ne suis plus à l'abri. Des brindilles de la taille d'un noyer mature dégringolent en tourbillonnant et rebondissent ou se plantent dans le sol. La pluie me gifle le crâne comme une serviette mouillée, me tape sur les épaules comme un parent éloigné trop content de me revoir. Je dois me dégager de ces accolades désordonnées. La température de l'eau est glaciale. Je sors de ma torpeur.
Debout je regarde la tranchée se remplir et commencer à ressembler à un petit cours d'eau qui disparaît sous une douche puissante. Les restes du vaisseau fument. Un brouillard sort des tôles du vaisseau et au contact de la pluie, s'aplatit. Les volutes se retournent sur elles-même, se tordent, descendent, remontent, s'effilochent et finissent pas rendre l'âme. Je vais pour m'abriter.
Des frissons violents et incontrôlables me secouent brusquement. Je me plie en deux, tombe à genoux. Un son désossé commence à sortir de mon âme, remonte le long de ma gorge en raclant. Mon œsophage et ma santé mentale sont en feu, je vomis en hurlant, complètement inaudible dans ce chaos végétal. Mais mon cerveau se remet à fonctionner, je sors de l'apathie. Les radiations dégagées dans mon dos m'ont maintenues vivant et m'ont aussi affaiblies. Protégé et usé, je reprends conscience de la situation. Combien de nous avons survécu au crash?
L'état de panique aurait pu atteindre des proportions inimaginables si c'était arrivé en plein jour. Des messages incohérents entrecoupés de codes chiffrés se sont déversés dans tous les couloirs tandis que les soutes et toutes les ouvertures du vaisseau se sont mises à s'ouvrir. L'énormité de la situation m'a alors frappée en même temps que l'urgence de sauver ma peau. Sur les écrans, je voyais le vide s'engouffrer partout en créant immédiatement une apesanteur meurtrière qui se propageait progressivement dans tout le vaisseau. J'étais seul en train de nettoyer les coursives de la salle aux combinaisons pendant la nuit artificielle. Le boulot de merde pour les moins que rien dans mon genre qui m'a finalement sauvé la vie. J'étais sur ce vaisseau depuis onze ans. J'ai sauté dans une combinaison. Alors que je finissais de me brancher sur l'oxygène de réserve, deux officiers sont entrés en courant vers les combinaisons, vers moi. Je n'avais pas le droit de sauver ma peau avant la leur selon le règlement. Un des deux a réussi à mettre la jambe dans une combi et l'autre courrait encore quand la porte s'est rouverte derrière lui pour laisser passer le vide. Au milieu de sa course, il a décollé du sol en gonflant, a explosé, son copain agrippé à la combinaison orange s'est lui aussi envolé. Il a éclaté et sa face déchirée avec une grosse moustache a stagné devant ma visière au milieu de bulles de sang toutes rondes et brillantes jusqu'à l'atterrissage.
Alors que les événements me reviennent par bribes, une lame de vent m'envoie bouler une centaine de mètres plus loin. Je suis à l'abri recouvert de gerbe, sous une tôle enfoncé dans le bois d'une racine épaisse comme un réacteur nucléaire qui se tord sur lui-même. A moitié assommé, la bile continue d'essorer mes tripes avec violence, ma sueur coule chaude puis devient glacée instantanément.
Après m'être harnaché et avoir été témoin des deux soufflés humains éclatés, j'ai fini par fermer les yeux de fatigue. Puis je me suis endormi... J'ai senti des vibrations, réveillé d'un coup, la moustache sanguinolente à hauteur des yeux, j'ai dégainé sans réfléchir, je ne savais plus où j'étais. J'ai hurlé, tiré. On entrait en atmosphère d'une façon où l'autre, les plaques de blindages se détachaient, tout vibrait comme jamais. Le vaisseau fonçait sur cette planète où je gerbe encore ma peur postérieure. La température a monté. Les flancs branlaient, le champ magnétique devait encore être opérationnel, l'entrée en atmosphère fût brutal et le choc avec le sol pire encore. Cela a du durer deux ou trois heures...
Je tremble de tous mes membres. La faim et le froid arrivent, je ne vomis plus, la fièvre s'abat sur moi. A quatre pattes je commence à m'enfoncer dans le sol détrempé. Je sors la main de terre avec l'arme à laquelle je suis toujours agrippé, la rengaine. Des gros chocs lourds font trembler le sol de plus en plus fréquemment. Je tourne la tête sur l'impact le plus proche. Qu'est-ce que c'est? Une énorme châtaigne blanche avec un germe vert pomme qui s'enfonce dans le sol. A peine entrée dans le sol, le bras vert se dresse comme une érection, lentement par saccades en amenant avec elle des grosses mottes de terre détrempées. Je recule, bute dans un truc et tombe sur le cul sur un coussin qui explose. Je suis assis sur des chips, les sachets flottent dans les flaques, il y a des paquets argentés un peu partout par ici. Je me précipite et dévore, me traîne un peu plus loin avec le goût de la gerbe mélangé aux patates salées. Je m'assois et sombre dans le sommeil...
Publié par a-page à 18:29:15 dans CHAPITRES | Commentaires (0) | Permaliens
Il n'aurait pas fallu s'arrêter. La forêt n'avait plus du tout son aura de ténèbres, les flocons la saupoudraient tellement qu'elle paraissait se dissoudre dans un tas soufflé de pollen géant. Le sol était blanchi. Seules les aisselles des branches restaient sombres et les troncs foncés étaient humides et recouverts de neige face au sens du vent. Mon propre souffle s'accordait à toute cette gamme de pâleur. Il ne fallait pas ralentir, la marche depuis le petit jour avait réchauffé mon corps au point d'être moite malgré la température givrante. Un arrêt aurait glacé cette sueur en un coup de froid rampant et frissonnant. Chaque pas enfoncé dans cette nappe de neige s'enfonçait d'abord tendrement puis crissait presque comme croquer dans une pomme. Le silence rempli de vie glacée étouffait la rythmique de ma respiration. Je n'arrivais pas à vraiment m'inquiéter de savoir où j'allais me reposer, mon avancée dans ce monde transformé me fascinait.
Après que la neige se soit arrêtée de tomber comme des pellicules affolées, la faim commença à se faire sentir. Sans que cela ne soit insupportable: elle correspondait à la récompense de mon avancée. Mon esprit tourna des idées de soupes fumantes que mon estomac fruste gargouillait en cœur. Je devenais une partie de ce grand organisme que je parcourais en silence, ma présence se justifiait comme celles des arbres qui claquaient de temps en temps dans le froid. Je ne pensais plus par le verbe: tout se formulait en langage de cinq sens. Je continuais d'avancer en souriant sans esquisser le moindre sourire, j'étais sûr que mes yeux étaient sombres.
Un arbre épais, couché avait emporté avec ses racines un énorme paquet de terre et formé un trou. Bouclier naturel contre le vent, la neige n'avait pas réussi à s'incruster dans le creux. De plus petits arbres embarqués dans la chute du grand formait l'armature d'une tente bizarre, sans toile. Je ramenai ce fatras près des racines pour faire une paroi éventée et en ponctionner une partie pour le feu.
Adossé à l'imbroglio de racines terreuses, je regardais le feu chauffer la marmite de soupe faite avec de la neige et de mes légumes. Je préparais aussi un thé puis du riz dans la même casserole. Le feu accaparait mon regard tandis que le jour s'enfuyait. Le bois claquait en brûlant et des jets de vapeur fusaient par moments en sifflant. La chaleur se plaquait sur mon visage, je sentais le devant de mon corps se détendre en frissonnant de plaisir, mon dos commençait à s'imbiber de chaleur. Je me mis à manger tranquillement.
Au moment où je me décidais à reprendre du riz et à le mélanger au reste de la soupe, j'entendis des pas. La neige me prévenait. Je détachais le regard du feu et essayait de voir quelque chose autour. Tout était sombre. Mon feu et moi étions sûrement la destination de cette démarche lente et précautionneuse. Je remis du bois dans le feu, des étincelles rousses partirent en tous sens. Les pas arrivaient. Rassis, je me mis à rouler. Quand j'étais sur le point de finir le joint par une lichette, des bottes neigeuses descendirent vers le feu. Elle avait une toque, des mèches qui en sortaient et le nez et les joues rouges. Je lui montrais la soupe et le riz, j'avais fini le thé. Elle prit une timbale et se servit pendant que je mettais son sac à coté du mien pour que nous nous y installions près des racines.
Je ne portais pas de chapeau, elle avait des mitaines et je me souvins que j'avais des gants dans mon sac. Tandis que je la regardais manger, je me demandais de quoi je pouvais avoir l'air à ses yeux. Elle poussa un soupir et sortit du thé d'un sac. Quand l'infusion fut prête, j'allumais le joint. Elle nous versa le thé, je lui passais le joint. Le feu n'avait pas l'air de vouloir diminuer.
Je rouvris les yeux alors que je n'avais pas eu l'impression de les fermer. Des flocons se prirent dans mes cils, je ne sentais plus le froid, j'en faisait partie. Je me mis à cligner les paupières, mollement, mon corps était figé. Pris dans une température aberrante qui ne me donnait plus l'énergie mentale ni physique de bouger, je compris que mes perceptions se mélangeaient à mes souvenirs et à la fin de mes espoirs. En fait, j'étais sur le point de m'endormir, glacé. Je n'avais pas bougé depuis... combien de temps? Aucune idée. Je me remis à divaguer.
Comme dans un sommeil dont on ne se souvient plus, je m'enfonçais dans une mort réparatrice. La vraie, celle dont on ne revient pas et qu'on n'a pas besoin de craindre. Entamer une voie si facile, si tranquille qui pourrait passer pour du sommeil si on pouvait s'en réveiller semblait être une fatalité sans définition. Je me concentrais à nouveau sur l'abandon, je commençais à faire partie de la terre: le vent me passait dessus sans qu'il ne soit ni agréable ni désagréable. Je m'éteignis comme une feuille morte chute: dernière apparence de vie perçue uniquement par ce qui en est encore pourvu.
Publié par a-page à 18:33:32 dans CHAPITRES | Commentaires (0) | Permaliens
1|
fiel ou miel